Épisode 3 - Partie 3
L’enquête continue
Vendredi 18 juillet 1969
Précédemment…
Eric a découvert que Joseph Pellegrini, qui occupait une chambre voisine de celle de Fred Russell au Colonial, avait reçu 5 000 dollars d’une société appartenant à Arnold Franklin, père de Donna, l’ancienne maîtresse de Fred. Pendant ce temps, Steven est persuadé d’avoir aperçu Betty revenir seule à Peyton Place, alors qu’elle était censée vivre à Boston avec Rodney.
En cherchant la vérité, Steven découvre que certains secrets sont bien plus proches… et personnels qu’il ne l’imaginait.
— Écoutez, vous me faites perdre mon temps.
Dans son vaste bureau des Entreprises Franklin, à Boston, Arnold Franklin transpirait à grosses gouttes. Homme de forte corpulence, le peu de cheveux gris qu’il lui restait sur la tête lui donnait l’air d’avoir dix ans de plus que ses cinquante-cinq ans.
En face de lui, debout, se tenaient Steven Cord et Eric Bullock. Steven songea qu’ils s’y étaient mal pris dès le départ. Ils avaient immédiatement mis les pieds dans le plat en leur parlant de Pellegrini et Franklin s’est immédiatement braqué. Il n’allait pas être facile de le faire parler. Et s’ils faisaient perdre leur temps à Franklin, eux aussi perdaient le leur.
Steven s'approcha et posa les deux mains sur le bureau de Franklin.
— Notre temps à nous aussi est précieux, monsieur Franklin. Nous voudrions juste savoir où trouver Joseph Pellegrini. C'est tout.
— Pour la centième fois, je vous dis que je ne connais pas cet homme, aboya l’homme d’affaires.
Eric prit une profonde respiration.
— Alors pourquoi votre entreprise lui a-t-elle versé la somme de 5.000 dollars sur son compte en banque ?
— Il est possible que ce M. Pellegrini, ou je ne sais plus comment vous l'appelez, ait fait un ou deux boulots pour moi. Mais ça ne veut pas dire que j'ai été en contact avec lui. Si je devais connaître tous les gens avec qui je traite, je connaîtrais la moitié de la population de la Nouvelle-Angleterre.
Steven fit une grimace.
— C'est bizarre, mais je ne vous crois pas.
— Que vous me croyiez ou non, c'est le cadet de mes soucis. Je vous le répète encore une fois, je suis débordé de travail. Vous connaissez la sortie. C'est la même que l'entrée, mais en sens inverse.
Steven n’était pas impressionné par l'imposante stature du personnage.
— Vous pouvez faire votre malin, monsieur Franklin, mais il s'agit d'une affaire de meurtre. Si nous ne mettons pas la main sur Pellegrini, vous risquez de gros problèmes.
Steven surprit un sourire sur les lèvres du type.
— Vos menaces ne me font pas peur, messieurs. Laissez-moi bien comprendre : vous êtes avocats, pas flics. Vous défendez un homme accusé de meurtre, et vous voulez me faire porter le chapeau sous prétexte que j’ai versé une certaine somme à un type avec qui j’ai fait affaire ? Présentez ça à la police et elle va vous rire au nez.
Eric décida de présenter l’affaire sous un autre jour.
— Vous avez une fille, monsieur Franklin, n’est-ce pas ? Elle s’appelle Donna, il me semble.
La réaction de Franklin ne laissait aucune place au doute : Eric venait de jouer sur la corde sensible de l’homme.
— Qu’est-ce que Donna vient faire dans cette histoire ?
— Elle a été la maîtresse de Fred Russell, la victime. Et Fred Russell résidait dans le même hôtel que Pellegrini. Dans une petite ville. Quelques jours après le meurtre, Pellegrini reçoit 5000 dollars de votre part. Avouez que la coïncidence est troublante.
— Laissez ma fille en dehors de ça, éructa Franklin.
Le ton qu’il prit était menaçant.
— Si vous ne partez pas immédiatement, j’appelle la sécurité.
Les avocats avaient épuisé toutes les cartouches. Ils se dirigèrent vers la porte. Avant de la franchir, Steven se retourna une dernière fois :
— Attendez-vous à recevoir une citation à comparaître dans peu de temps.
Après le départ de Steven et Eric, Franklin attendit quelques minutes, saisit un mouchoir et s’épongea le front, puis prit le téléphone et composa six chiffres. Il attendit d’avoir quelqu’un au bout du fil.
— C'est moi. Deux hommes sont venus. Des avocats. Ils vous cherchent. Quittez l'État. Mieux, quittez le pays. Si jamais vous êtes pris, nous sommes fichus…
— Qu’en pensez-vous ? demanda Steven à Eric alors qu’ils longeaient une rue bordée de gratte-ciels.
— On tiens quelque chose.
— Franklin ne dira rien.
— Peut-être, mais son témoignage au procès pourrait faire douter les jurés. Ils pourraient s’orienter vers une possible vengeance de Franklin. Le doute, Steven, c’est avec ça qu’on gagne un procès.
Eric avisa un petit restaurant mexicain non loin de là.
— J’ai faim, des fajitas, ça vous dit ?
Steven consulta l’heure sur sa montre.
— Je vous laisse y aller seul. Je dois aller voir quelqu’un.
Puisqu’il se trouvait à Boston, Steven voulait en profiter pour rendre visite à Rodney et Betty Harrington. Il était presque certain que la personne qu'il avait aperçue à Peyton Place était Betty et souhaitait en avoir la confirmation.
Il héla un taxi et indiqua l’adresse au chauffeur. Dix minutes plus tard, il se trouvait devant la porte de l’appartement des Harrington, au premier étage d’un immeuble qui devait bien en compter quinze.
Nerveusement, il se racla la gorge, persuadé que la réponse à ses interrogations se trouvait derrière cette porte. Il sonna une première fois, s'attendant à ce que Rodney vienne lui ouvrir. N'obtenant aucune réponse, il insista avec un deuxième coup. Cette fois, la porte s'ouvrit lentement, révélant une jeune femme brune aux longs cheveux, qu'il ne connaissait pas.
— Oui ?
Surpris, Steven balbutia :
— Euh… Je souhaiterais parler à Rodney Harrington, s'il vous plaît. Il jeta un regard au-delà de l'épaule de la jeune femme et remarqua des cartons déballés éparpillés.
— Ah, vous parlez de l'ancien occupant, dit la femme. Je suis désolée, je viens tout juste d'emménager et je n'ai pas encore eu le temps de retirer l'étiquette de la boîte aux lettres.
Steven avait l’impression que son cœur allait exploser dans sa poitrine alors qu’un frisson glacial parcourait sa colonne vertébrale.
— Vous voulez dire que Rodney et Betty ne vivent plus ici ? interrogea-t-il.
— C'est exact, confirma-t-elle.
— Auriez-vous une idée de leur nouvelle adresse ?
— Non, je suis désolée. Je ne les ai même jamais rencontrés.
Remerciant la jeune femme, Steven s'éloigna, pensif. Sa conviction que Betty était bien à Peyton Place se renforçait, mais il se demandait où se trouvait Rodney. Que se tramait-il donc dans la vie des Harrington ?
À suivre…
À mesure que la vérité se rapproche, les ennemis de l’ombre sont prêts à tout… même à tuer pour la faire taire.
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