Épisode 3 - Partie 2
Une collation
Vendredi 18 juillet 1969
Précédemment…
Tom a très mal accepté que Susan invite Eric Bullock à séjourner chez eux sans même lui en parler. Bien qu’il ait finalement consenti à sa présence pour ne pas compromettre leur nouveau départ, il peine toujours à maîtriser sa jalousie et à retrouver une véritable confiance en Susan.
Même les gestes les plus simples peuvent révéler les fissures d’un amour que l’on croyait réparé.
Le panier à provisions était trop léger, songea Susan Winter. Elle aurait dû prendre un dessert. Confectionner une tarte aux pommes, par exemple. Tout en longeant le quai de Peyton Place, elle se mit à pouffer. Un homme, surpris, se retourna, pensant qu’elle se moquait de lui. Mais Susan se moquait en réalité d’elle-même, s’imaginant devant les fourneaux avec un tablier « Kiss the cook », et préparant une tarte aux pommes en fredonnant une rengaine. Non, ce n’était pas elle. Définitivement pas.
Elle aurait pu aussi ramener une bouteille de vin, mais cela aurait été trop tentant. Elle avait encore envie, de temps en temps, de boire un verre. Mais elle résistait. Elle ne voulait pas tout gâcher, maintenant qu’elle avait retrouvé l’amour de Tom.
Elle parvint au bateau où travaillait son mari. Tom était en train de nouer des cordes, il revenait de la pêche et avait déjà vendu son poisson. En le voyant travailler d’arrache-pied, son cœur se serra. Tom méritait mieux que se lever aux aurores pour aller pêcher. Il était fait pour aider les gens, pas pour les nourrir. De plus, il ne gagnait pas grand-chose, juste de quoi survivre. Le père de Susan s’était occupé d’acheter la maison des Harrington. Jamais ils n’auraient eu le luxe d’y vivre avec le seul salaire de Tom.
Lorsque Tom la vit, il lui sourit, et son cœur chavira. Elle était enfin heureuse. Il l’aida à monter à bord.
— J'ai pensé que tu avais une petite faim et je t'ai préparé une collation, dit-elle d’un ton joyeux.
Elle sortit un sandwich qu’elle exhiba :
— Thon mayonnaise pour toi.
Puis un autre :
— Et crudités pour moi.
C’était tout ce qu’elle pouvait faire en cuisine. Tom saisit le sandwich avec un sourire.
— Merci.
Il s'assit et commença à manger. Dévoré serait un mot plus approprié. Travailler en mer met en appétit, visiblement.
— Je suis surpris de te voir ici, dit-il après avoir avalé trois bouchées.
— Pourquoi ? Une femme a bien le droit de venir nourrir son mari.
— Je pensais que tu serais avec… lui.
Le visage de Susan s’assombrit. Lui… il parlait d’Eric Bullock. Depuis qu’elle avait invité l’associé de son père à séjourner chez eux, Tom n’était plus le même. Elle aurait dû lui en parler avant de prendre cette décision. Mais la maison était tellement grande qu’elle ne pensait pas que cela lui poserait des problèmes. Surtout qu’Eric se faisait discret, se levant avant eux le matin, travaillant toute la journée au cabinet de Steven et rentrant tard après avoir dîner au Colonial. Elle soupira :
— Eric est parti à Boston avec Steven, si c'est d'un des deux dont tu veux parler.
— Ce Bullock… je ne l'aime pas.
Susan ricana.
— Mais tu le connais à peine !
Tom haussa les épaules et termina son sandwich.
— Je ne l'aime pas, c'est tout.
— Tu veux que je lui demande de partir ? se résigna Susan.
— Pour que je passe encore une fois pour le méchant de l’histoire ? Non, merci.
— Tu ne serais pas jaloux de lui, par hasard ? Parce que tu n’as aucune raison de l’être, tu sais. Eric, je le connais depuis très longtemps. Mon père le considère comme un fils, et moi je le considère comme un frère.
— Susan, on doit se reconstruire, toi et moi. Comment est-ce qu’on peut le faire avec un inconnu dans la maison.
— Eric n’est pas un inconnu.
— Pourquoi est-ce qu’il ne va pas vivre au manoir de Cord ? Il y a plus de chambre là-bas qu’il y en a à la Maison Blanche.
— Steven et Eric ne se connaissent pas.
— Et moi ? Bullock, je le connais à peine. J’ai dû le voir deux fois dans ma vie.
Susan ne savait plus quoi répondre. Elle se rendit compte seulement maintenant à quel point elle avait blessé son mari en invitant Eric chez eux. Les arguments de Tom se valaient. Cependant, Susan savait qu’il y avait autre chose. La jalousie de son mari refaisait surface. Il ne lui faisait pas confiance. Manquait-il de confiance en son couple ?
— Tom, tu sais que je t’aime. Je t’ai toujours aimé. J’ai commis des erreurs dans ma vie, et cela nous a séparé. Je ne ferai rien qui puisse mettre en péril notre couple, tu le sais.
— Laisse tomber, Susan.
Il se leva.
— Écoute, j'ai encore pas mal de travail. Merci d'être venue. Il faut que je retourne travailler.
Susan percevait une irritation dans la voix de son mari.
— Tom, si tu as quelque chose à dire, dis-le.
— Je t'ai dit : laisse tomber.
— On s'était pourtant promis de tout se dire dorénavant.
Susan insistait trop lourdement. Elle s’en rendit compte alors que Tom haussait la voix.
— Laisse tomber !
La discussion était close. Lorsque Tom se braquait de la sorte, il n’était plus possible de continuer la conversation. Elle se leva de l’inconfortable banquette et s’en alla sans dire un mot de plus.
À suivre…
En cherchant la vérité, Steven découvre que certains secrets sont bien plus proches… et personnels qu’il ne l’imaginait.
/image%2F7282693%2F20261023%2Fob_df4ac7_003-2.jpg)