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Feuilletons les séries

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Coronation Street, Peyton Place. Des séries se racontent aussi sur le papier


Les Saisons de Peyton Place Épisode 3 - partie 1

Publié par Le Feuilletonneur sur 30 Octobre 2026, 16:00pm

Catégories : #Les Saisons de Peyton Place, #Été 1969

Les Saisons de Peyton Place Épisode 3 - partie 1

Épisode 3 - Partie 1

Est-ce elle ?

Vendredi 18 juillet 1969

Précédemment…

Susan a reproché à Steven de s’épuiser dans son travail et lui a fait remarquer qu’il semblait toujours profondément affecté par le départ de Betty à Boston avec Rodney. Steven a prétendu que Betty appartenait au passé, mais il s’est soigneusement dérobé lorsque Susan a voulu insister.

Le passé frappe sans prévenir… et Steven pourrait bien perdre pied face à un fantôme qu’il n’a jamais oublié.

Steven, mallette en main, sortit précipitamment du tribunal, clopinant sur les marches du perron. Dans les petites villes comme Peyton Place, le commissariat de police et ses annexes (dont les cellules où l’on enfermait les prisonniers) se trouvaient dans les locaux du tribunal.

L’avocat traversa le côté sud du square pour retourner à son bureau, la chaleur accablante de l’été indien lui collant à la peau. Des perles de sueur glissaient sur son front, témoignant de l’angoisse qui l’étreignait. Tout en continuant de marcher, il défit sa cravate, suffocant presque sous la pression de ses pensées. Pourquoi diable Mike Rossi baissait-il les bras alors qu’un brin d’espoir naissait grâce à la découverte d’Eric Bullock ?

Il traversa la route et s’apprêtait à entrer dans le bâtiment de la banque où se trouvait son cabinet quand il la vit. Il s’arrêta brusquement, le cœur battant à tout rompre. C’était elle, à n’en pas douter. Il la connaissait trop. Il l’avait trop aimé pour ne pas la reconnaître, même si le soleil au zénith l’aveuglait.

Il ne pouvait pas se tromper. Sa façon bien à elle de se mouvoir, ses cheveux bruns qui descendaient en cascade sur ses épaules. C’était elle. Betty Harrington. Il la vit entrer au Colonial Post Inn, deux valises à la main. L’espoir s’insinua en lui comme une bouffée d’oxygène. Betty. Deux valises. Que pouvait-elle bien faire à Peyton Place ? Rodney n’était pas dans les parages. Était-elle venue seule ?

Steven resta un trop long moment figé, son esprit en proie à un tourbillon de réflexions. Devait-il aller la voir maintenant ? Ou bien attendre qu’elle vienne le voir ? Sa vue se troubla une seconde. Il réalisa qu’il n’avait ni dormi ni mangé depuis vingt-quatre heures. Se ressaisissant, il décida qu’il fallait battre le fer tant qu’il était chaud et se dirigea vers le Colonial, entra dans le hall et s’approcha de la réception. Il était impatient de savoir ce que Betty était venue faire – visiblement seule – à Peyton Place.

Fred Draper, le réceptionniste du Colonial, n’était pas là. Un jeune homme qu’il ne connaissait pas le remplaçait. Le badge qu’il arborait sur sa veste indiquait qu’il se prénommait Adam.

— La chambre de Mme Betty Harrington, demanda Steven avec une impatience palpable.

Le réceptionniste consulta son registre. Quelques secondes seulement. Une éternité pour Steven. Adam finit par lever les yeux vers l’avocat.

— Je suis désolé, Monsieur. Il n’y a pas de Mme Harrington ici.

Une vague de frustration monta en lui. Après un instant de réflexion, il se reprit.

— Mme Anderson, alors ?

Le réceptionniste secoua la tête. Steven, de plus en plus agacé, insista.

— Écoutez, une femme avec des cheveux longs et bruns est entrée ici il y a cinq minutes environ, vous n’avez pas pu la manquer.

Le réceptionniste haussa les épaules, l’air désarmé.

— Je viens juste de prendre mon service, monsieur. Vous êtes la première personne à vous être présentée devant moi. Je suis vraiment désolé, mais aucune personne se prénommant Betty n’est inscrite dans cet hôtel.

— Où est Fred ?

Adam haussa les épaules.

— Il vient de partir, monsieur. Il a terminé son service.

Le désespoir s’empara de Steven alors qu’il réalisait que son espoir de la retrouver pourrait s’évanouir aussi rapidement qu’il était arrivé. Les pensées s’entrechoquèrent dans son esprit, mais il refusait d’abandonner. C’était bien Betty qu’il avait vue entrer au Colonial. Il réprima l’envie de monter et de frapper à toutes les portes des chambres. D’attendre qu’elle sorte de sa chambre aussi, cela pouvait prendre trop de temps. Et du temps, il n’en avait pas.

Il sortit de l’auberge et, au lieu de se rendre à son bureau, traversa le square pour atteindre le magasin général, où quelqu’un pourra l’aider à comprendre ce qu’il se passe.

z

— Et voilà, madame Hewitt !

Rita Harrington enveloppa avec soin les paquets de café pour Mme Hewitt, la propriétaire de la pension de famille de Peyton Place.

— Merci beaucoup, Rita. Au fait, comment cela se passe-t-il pour vous ici en l’absence de M. Carson ?

— Oh, je commence à trouver mes marques. J’ai appris par cœur tout ce qui se trouve sur les étalages.

— Cela ne vous fatigue pas trop, compte tenu de…

Mme Hewitt montra du doigt le ventre de Rita qui commençait à s’arrondir.

— Non, je vous assure, tout va bien.

Rita voulut ajouter que ce qui la fatiguait le plus, c’étaient les gens qui lui demandaient si elle n’était pas trop fatiguée. Elle tendit le paquet de marchandises à sa cliente.

— A bientôt, madame Hewitt.

Au moment où la dame franchit la porte, Ada Jacks, la propriétaire de la Taverne, entra dans le magasin général. Elle salua Mme Hewitt d’un hochement de tête et adressa un sourire à Rita.

— Maman, j'espère que tu n'es pas venue m'espionner, soupira la jeune femme.

Ada Jacks fit un mouvement de tête sans que sa crinière rousse et parfaitement permanentés ne bouge d’un pouce.

— Je suis simplement venue voir comment tu allais. Ce n'est pas la même chose.

— Pour la cinquantième fois depuis le début de la semaine, je vais bien, merci.

Ada s'approcha de sa fille.

— Je suis convaincue que tu devrais rester couchée, ma chérie. Je pourrais m’occuper du magasin jusqu'au retour d’Eli.

— Et la Taverne ?

— Je peux fermer pendant deux semaines.

— Maman, sois réaliste pour une fois. Tu ne peux pas te permettre de fermer la Taverne, et je me sens vraiment très bien. Si je reste couchée, je vais déprimer. Le Dr Morgan a dit…

Rita ne put achever sa phrase. Steven entra en trombe dans le magasin et se dirigea droit vers elle.

— Rita, peux-tu me dire ce que Betty fait au Colonial ?

Il n’avait visiblement pas la même empathie que les autres envers Rita. Elle lui en était presque reconnaissante pour cela. La surprise la prit au dépourvu.

— Qu’est-ce que tu racontes ? marmonne-t-elle.

Steven essayait de reprendre de son souffle, il avait dû courir. Des perles de sueur perlaient sur son front. Il répondit :

— Betty. Au Colonial. Ne fais pas celle qui ne sait rien.

C’était pourtant le cas, elle ignorait où voulait en venir Steven, et se demanda un court instant s’il n’avait pas perdu la tête.

— Je ne sais pas de quoi tu parles, Steven. Essaie de te calmer.

L’avocat prit une profonde respiration.

— Je viens de voir Betty entrer au Colonial avec des valises. À la réception, ils m’ont dit qu’aucune Betty Harrington n’était inscrite chez eux. Qu'est-ce que c'est que cette mascarade ?

Rita essayait de suivre.

— Betty est au Colonial, mais elle n’y est pas. C’est ça que tu essaies de me dire ?

— Betty est ta belle-sœur et, accessoirement, ta meilleure amie. Si elle est au Colonial, tu dois le savoir. Et tu dois me le dire.

— Je n’en sais rien. Et même si je le savais, Betty n'est plus ton problème, pour autant que je sache.

Steven saisit le bras de Rita.

— Rita, dis-moi…

La rousse incendiaire reprit son rôle de mère protectrice. Ada avança d’un pas décidé vers sa fille.

— … Steven, lâche-la ! intervint-elle.

Steven réalisa qu'il avait dépassé les limites.

— Excuse-moi, Rita. Je… je ne sais pas ce que…

Rita savait parfaitement ce que Steven faisait. Dès qu’il s’agissait de Betty, il perdait toute raison et se laissait emporter par ses émotions, faisant fi de toute logique et bon sens. Il n’a jamais réussi à oublier Betty, avec qui il était resté marié quelques années. Il avait dit un jour à Rita que c’était les plus belles années de sa vie. Et aujourd’hui, Betty est mariée avec le demi-frère de Steven, et l’avocat n’a jamais réussi à s’en remettre. Préoccupée, elle l’observa :

— Steven, tu es blanc comme un linge. Tu es sûr que ça va ?

Steven ne répondit pas. Il se contenta de fixer Rita du regard. Ada rompit le silence.

— Ecoute, Peyton Place est une petite ville. Si Betty s’y trouve, tu auras l’occasion de la croiser un jour où l’autre.

La pâleur de son visage inquiétait Rita. Il opéra un demi-tour et, tel un automate, quitta le magasin. Rita et Ada échangèrent un regard silencieux.

À suivre…

Même les gestes les plus simples peuvent révéler les fissures d’un amour que l’on croyait réparé.

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