Épisode 1 - Partie 3
Eli et Maggie se marient
Vendredi 4 juillet 1969
Précédemment…
Après une première demande en mariage restée sans réponse, Eli Carson est revenu auprès de Maggie avec des fleurs et un morceau de bois sur lequel il avait gravé sa demande. Touchée par sa persévérance et désormais prête à lui accorder sa confiance, Maggie a finalement accepté de devenir sa femme.
Après une vie marquée par les drames, Eli ose enfin saisir le bonheur… mais l’ombre du passé plane déjà sur son avenir.
— Oui.
Le mot magique éclata dans le cœur d’Eli Carson, tel un feu d'artifice illuminant le ciel nocturne. Devant le juge de paix, il était l'homme le plus heureux du monde, s'étant récemment uni à Maggie Riggs.
Au cours de la cérémonie, Eli n’avait pu s’empêché de songer aux malheurs qui ont jalonné à vie. A l’aube de ses soixante-dix ans, le « jeune » marié avait vécu et supporté des drames abominables. Il les avait énumérés dans sa tête. Il y a eu d’abord la perte de sa femme, morte trop jeune. Puis Elliot, son fils, qui avait été accusé à tort du meurtre de son épouse et qui a passé dix-huit ans de sa vie derrière les barreaux avant d’enfin prouver son innocence. Eli se rappelait encore la froideur dans le regard de son fils lorsque celui-ci avait compris que son père l’avait toujours cru coupable. Enfin, plus récemment, il avait bien cru ne jamais pouvoir se relever de la disparition de sa petite-fille, Allison, partie du jour au lendemain sans laisser d’adresse. Ce qui était le plus dur pour Eli était de ne pas savoir si Allison était encore en vie.
Il n’avait pas sombré, malgré les épreuves. Il avait toujours avancé, parce qu’un Carson ne fait jamais de pas en arrière. Parce qu’un Carson a la peau dure. Sa famille avait été sa bouée de sauvetage. Elliot, sa seconde femme et leur fils Matthew.
Même lorsqu’ils ont décidé de partir refaire leur vie après la disparition de leur fille, Eli n’a pas sombré. Il a continué à l’aller de l’avant. Il a juste continué seul. Avant de rencontrer Maggie, la merveilleuse cuisinière qui faisait des tartes aux pommes son sacerdoce, et qui avait le plus franc parlé qu’il n’avait jamais connu chez une femme.
Aujourd’hui, c’est sa femme, et il compte bien profiter avec elle de l’automne de sa vie. Il reprit ses esprits lorsqu’il sentit le goût sucré des lèvres de Maggie qui se déposaient sur les siennes. Les heureux mariés se retournèrent vers leurs invités. Ils étaient au nombre de deux. « Deux et demi », songea Eli en souriant. Rita et Norman Harrington, le sourire aux lèvres, s’approchèrent du couple pour les féliciter. Rita déposa un baiser sur la joue du vieil homme, et Norman lui serra la main avec une poigne de fer. Il songea alors qu’il n’aurait voulu personne d’autre qu’eux pour célébrer son bonheur.
— Ça nous rappelle des souvenirs, dit Norman.
— Nous nous sommes mariés ici même il y a quatre ans, expliqua Rita à Maggie. Et avec le même juge de paix.
— Ça vous a plutôt porté bonheur, sourit Maggie.
— Vous nous avez copié, vous n’avez pas pris la formule « lancé de riz », plaisanta Norman. Ça vous portera bonheur à vous aussi.
— Le « lancé de riz », c’est si surfait, s’amusa Maggie. Mieux vaut garder les grains pour une bonne soupe.
— Bon, vous allez enfin nous le dire, s’impatienta Rita.
— Te dire quoi ? demanda Eli.
— Où vous comptez passer votre lune de miel.
Une ombre passa dans les yeux d’Eli.
— Nous allons rester ici.
— Vous n’y pensez pas ! s’écria Norman.
— Nous y avons bien réfléchi avec Maggie, nous ne voulons pas imposer à Rita de gérer le magasin général toute seule dans son état.
— Monsieur Carson, je suis enceinte, je ne suis pas malade, répondit Rita avec assurance. Je pourrais très bien m’en sortir avec le magasin, ne vous inquiétez pas pour moi.
— Bien sûr que je m’inquiète pour toi, Rita.
Eli avait en tête la fausse couche qu’avait faite Rita il y a quelques années, et la maladie de cœur qu’elle traînait comme un boulet. Elle aussi avait eu sa part de drame.
Elle balaya les inquiétudes d’Eli d’un mouvement de bras.
— J’ai parlé au Dr Morgan. Il m’a assuré que je n’étais pas obligée de rester alitée toute la journée, et il m’a donné son feu vert pour vous remplacer au magasin. Que vous faut-il de plus ?
— Tu ne forceras pas ?
Rita adopta pour rire une attitude militaire.
— Non, m’sieur !
— Tu feras appel à Norman ou quelqu’un d’autre si tu as des marchandises trop lourdes à porter.
— Oui, m’sieur !
— Et tu feras des pauses régulières ?
— Oui, m’sieur !
— Et tu…
Maggie interrompit son mari par un coup de coude.
— C’est bon, Eli. Fais-lui confiance.
— Ne vous inquiétez pas, monsieur Carson. Je veillerai sur elle, dit Norman d'un ton rassurant, posant sur Rita un regard à la fois protecteur et plein d'affection.
— Bien, dans ce cas, j’ai bien l’intention d’aller présenter ma jeune femme à Elliot et Constance, fit Eli.
Il se tourna vers Maggie et ajouta :
— Ils vont t’adorer. Et puis, tu verras aussi le petit Matthew. J’ai hâte de voir à quel point ce chenapan a grandi.
— C’est réglé, conclu Rita. Vous partez dès ce soir.
— On sera de retour dans deux semaines.
Encore une zone ombrageuse qui affaissa les traits d’Eli. Dans deux semaines débutera le procès de son ami, le Dr Michael Rossi. Un homme bien qui risquait de suivre les traces de son propre fils. Un autre homme bien qui allait peut-être passer de nombreuses années en prison pour un crime qu’il n’avait pas commis.
— Je compte être de retour pour le procès de Mike. Il aura besoin de soutien.
À suivre…
À Peyton Place, la vérité se cache toujours dans les détails… et une révélation pourrait bien tout changer pour Mike Rossi.
/image%2F7282693%2F20261018%2Fob_eab31b_001-3.jpg)